D’où nait la Haine, Comment elle se structure ?

Publié le par LilaLuz

D’où nait la Haine,  Comment elle se structure ?

 

La Haine est un sentiment primaire qui m’a toujours fasciné car j’ai côtoyé des personnes insatisfaites et haineuses sans jamais les comprendre et saisir la base de ce comportement, jusqu’à maintenant.

Je suis reliée depuis l’enfance au système limbique - le système responsable de nos pulsions et de nos émotions. Je piste les émotions ou les blocages comme d’autres vont à la chasse ; j’adore analyser le fonctionnement du système émotionnel et découvrir d’où naissent les fêlures afin de recréer l’unité. Il y a tant de causes pour le même effet, qu’au début il m’arrivait de communiquer mon opinion mais j’ai appris depuis à me taire quoi que je puisse voir et quoi que je sache, car s’il est un domaine où les gens sont susceptibles c’est la lecture de leurs émotions. Chaque personne se sent unique et la cause d’une émotion bien que commune à tous, peut être originale et naître d’une situation vécue de manière singulière, cette singularité nécessite d’éviter les généralités pourtant, les effets des émotions sont presque toujours prévisibles car la manière dont nous réagissons est codifiée, elle n’est ni naturelle, ni spontanée mais induite par un ensemble de codes sociaux et moraux définissant notre droit de réactivité aux émotions et aux situations. Selon notre âge, notre genre sexué, notre statut social, notre religion ou notre culture, sans compter notre niveau personnel de gestion des émotions, notre niveau de conscience et notre perméabilité aux situations ; nous nous autorisons ou pas à réagir aux émotions exprimées par les autres.

La Haine est entre toutes les émotions celle qui est la plus tabou car on l’associe au rejet, à la discrimination, à la violence gratuite, à des actes barbares donc à ce qui s’exprime en dehors des codes moraux et du respect de la vie. La Haine véritable n’est pas une expression naturelle et primitive d’une pulsion de mort ; bien qu’elle naisse au départ du désir de se défendre d’une injustice ou d’un danger imminent, elle se structure selon ses propres codes. Afin de déconstruire la haine, il faut découvrir comment elle se structure et de quelle situation elle nait. Aucun enfant ne sait haïr, c’est donc un comportement social, codifié qui découle d’un processus initiatique destructeur. La Haine est le sentier qui mène à l’enfer personnel et collectif.

La première étape est constituée par une situation d’impuissance. On est sujet ou témoin d’une injustice, d’une maltraitance. L’injustice entraîne un sentiment de révolte, qui se transforme en un sentiment d’échec à se faire entendre ou à trouver une réponse positive. L’échec conduit d’abord au sentiment de culpabilité puis à la sensation de vivre en état d’humiliation permanente ; on développe le sentiment de ne pas mériter son sort ; le germe de la haine est semé.

L’injustice entraîne un abaissement du statut intérieur, du droit à la dignité que l’on s’accorde ; on se sent nul imbécile, incapable, vulnérable et accablé ce qui conduit à des comportements autodestructeurs parce que le sentiment dominant est la honte et que pour échapper à la honte, on cherche des dérivatifs à la réalité vécue intérieurement en développant des comportements de dépendance. Lorsque la violence n’est pas tournée vers soi-même elle trouve une autre cible mais le passage à l’acte se murit toujours longuement. Il est nécessaire d’atteindre un degré suffisant de dégoût de soi-même, pour trouver une forme de courage dans une lâcheté ordinaire. Ce n’est que lorsque l’on se sent déchu de sa propre dignité à ses propres yeux et progressivement aux yeux des autres que la spirale de destruction conduit à faire des choses qui sont contre les règles établies ou la morale collective, marquant concrètement un cheminement qui jusque là était seulement psychologique.

L’intention des actes de révolte ou de non-respect est de montrer la souffrance intérieure, tout en la masquant par un comportement déviant plein d’arrogance dans les relations aux autres pour rétablir de manière trompeuse le pouvoir que l’on sent avoir perdu. On traite les autres avec la même brutalité que la vie nous l’enseigne autant pour les tenir à distance que pour les mettre sur un pied d’égalité et partager le sentiment de vulnérabilité. Or, la vie n’est pas responsable de notre interprétation moraliste des évènements. La ligne entre le bien et le mal n’existe pas dans la vie de manière si claire qu’elle se présente dans les livres saints. L’interprétation personnelle du préjudice subi n’est pas toujours représentatif d’une vérité objective, de même que le souvenir des actes injustes sont plus lourds à porter pour ceux qui ne reconnaissent pas leurs blessures et continuent à se comporter comme si cela les laissait indifférents.

En fait, l’indifférence est le stade de maturation de la violence en haine. Lorsque l’on perd le sens de l’égalité avec les autres, que l’on ne peut plus ressentir d’empathie positive, on cherche aussi à faire descendre les autres de leur supériorité imaginée en créant des moments d’égalité par la souffrance. Ce que l’on ne peut obtenir par l’excellence, par le respect et la dignité, on cherche à l’obtenir par le détournement, la malveillance et l’humiliation de ceux que l’on estime plus forts. En se transformant en être inférieur par ses choix, se crée un abîme entre ceux qui se comportent selon un idéal élevé, et ceux qui ne peuvent remplir les conditions de cet idéal et vont naturellement s’en sentir exclus et humiliés…donc prêts à passer à la violence –physique ou psychique- pour reprendre leur statut et le droit à la dignité dont ils se sentent privés.

On nourrit la haine en se remémorant sans cesse les moments où l’on a été blessé ou humilié et en se donnant une valeur de héros alors que dans la réalité objective, rien n’est fait pour dépasser la honte ou le ressentiment et transformer cet épisode difficile en véritable victoire sur la vie. L’ego est ainsi nourrit d’une fausse gloire et d’une véritable illusion quant à sa véritable valeur. Se donner bonne conscience, se donner de fausses espérances, imaginer une destinée aux dessus de ses capacités avérées -si l’ennemi imaginaire n’était pas constamment présent pour déstabiliser et rendre vulnérable. La haine se nourrit de la lubie de sa propre importance, augmentant le préjudice infligé par les autres et diminuant d’autant la responsabilité de chacun d’ajuster ses émotions et ses comportements à la réalité et à la société. Personne n’est épargné par les moments difficiles, mais ceux qui les cultivent semblent en recevoir une part plus lourde, simplement trop lourde pour eux.

Certains décident de devenir des maîtres de la Haine, au lieu de la transformer. Ils commencent par le choix d’une victime. Celle-ci est désignée par sa ressemblance avec la personne haineuse avant qu’elle ne chute dans cette mauvaise version d’elle-même. Une ressemblance crée le lien invisible et tenace entre la personne haineuse et sa victime ; la pulsion de jalousie et l’amertume qui s’est accumulée dans l’âme sont les moteurs d’un passage à l’acte où le ressentiment et l’injustice peuvent s’exprimer dans un « retournement » de situation. L’humiliation ou la malveillance est un acte de transfert, un moyen de prendre sa revanche et retrouver un sentiment de pouvoir en créant l’injustice dont lui-même a souffert sur un autre, s’appropriant le rôle de l’initiateur, devenant le méchant, celui qui détient le pouvoir de faire mal. Mais l’accomplissement d’un forfait ne rend pas meilleur, ni ne rend l’espoir ou le sentiment d’innocence. Ainsi, la personne haineuse se fait possédée par sa haine et les actions entreprises pour retrouver un semblant de dignité ne servent pas ce dessein mais au contraire la poussent à se sentir encore moins digne de confiance ou d’estime.

Un autre palier est franchi lorsque celui qui vit dans la haine y construit son sentiment de fierté personnelle. Son auto-estime se nourrit de la violence et de l’indifférence à la souffrance d’autrui dont il est capable. Il est l’initiateur de crimes et de malveillances, s’affirme dans ses sentiments de haine de la même manière qu’on le fait avec l’amour ou la bienveillance ; il devient haineux et fier de l’être. Alors, il s’en prend aux personnes qu’il côtoie sans se départir de sa joie, fier de son cynisme et plein d’arrogance, prêt à décocher des flèches empoisonnées à chaque parole échangée. Car la haine lorsqu’on la conserve en soi longtemps, qu’on la nourrit, qu’on la bichonne devient un poison violent, un toxique qui tue celui qui l’approche, ouvrant dans l’âme de profondes blessures mortifères. Les cicatrices sont invisibles mais rétablir les connexions avec les autres lorsque l’on a été trop souvent marqué par une personne toxique devient difficile ne serait-ce que parce que la haine coupe le sens de l’appartenance à une communauté de vivants, ce liant du « vivre ensemble », créant l’empathie et la confiance naturelle d’un humain à un autre. Ainsi la véritable haine, tel un venin puissant serpente et divise les communautés, les familles et les consciences.

Prière : Ne la nourrissez pas. LiLa

 

 

 

 

 

 

Publié dans Expériences vécues

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Alice 10/05/2017 09:08

Belle analyse mais peut-on remédier à cette "haine" qui gangrène notre monde sans y perdre notre Coeur!?

LilaLuz 10/05/2017 14:13

C'est le texte d'aujourd'hui...je m'y mets dans un instant !